Participe passé suivi d'un infinitif : « vu » ou « vue » ?
Un même verbe, deux orthographes, et une seule question à se poser : est-ce que le complément fait l'action de l'infinitif, ou est-ce qu'il la subit ?
La règle en une phrase
✓ La cantatrice que j'ai entendue chanter.
C'est elle qui chante : elle fait l'action de l'infinitif, donc accord.
✓ Les chansons que j'ai entendu chanter.
Ce ne sont pas les chansons qui chantent : elles subissent l'action, donc pas d'accord.
La vérification se fait en dépliant la phrase. J'ai entendu la cantatrice chanter : la cantatrice chante, l'accord s'impose. J'ai entendu chanter les chansons : personne ne dirait « les chansons chantent », donc rien ne bouge.
« Fait » ne bouge jamais
Un cas est plus simple que les autres, parce qu'il ne souffre aucune exception : le participe fait suivi d'un infinitif est toujours invariable, quel que soit le sens.
✘ Elle s'est faite refaire le nez.
✓ Elle s'est fait refaire le nez.
✘ Les tuiles qu'il a faites poser.
✓ Les tuiles qu'il a fait poser.
Les verbes concernés
La règle ne s'applique qu'à une liste restreinte de verbes, ceux qui peuvent être suivis d'un infinitif : les verbes de perception (voir, entendre, écouter, regarder, sentir), plus envoyer, amener, emmener, et les deux cas particuliers faire et laisser.
✓ Les enfants que j'ai envoyés chercher du pain.
Ce sont eux qui vont chercher : accord.
✓ Le pain que j'ai envoyé chercher.
Le pain ne cherche rien : invariable.
Le piège de « se faire » et « se voir »
Ces tournures pronominales combinent deux difficultés, et méritent d'être connues pour elles-mêmes :
✘ Elle s'est faite construire une maison.
✓ Elle s'est fait construire une maison.
« Fait » suivi d'un infinitif ne varie jamais, y compris à la forme pronominale.
✓ Elle s'est vue refuser l'entrée.
Avec « se voir », l'accord se fait : c'est elle qui subit le refus, et le pronom est complément direct.
« Laissé » : deux graphies admises
Laissé suivait historiquement la règle générale. Les rectifications orthographiques de 1990 l'ont aligné sur fait, en le rendant invariable devant un infinitif. Les deux graphies sont donc aujourd'hui correctes.
✓ La pâte qu'il a laissé durcir. / La pâte qu'il a laissée durcir.
Les deux se défendent : l'invariabilité depuis 1990, l'accord par la règle classique (c'est la pâte qui durcit). Nos dictées acceptent les deux.
C'est d'ailleurs une contestation d'un joueur, en juillet 2026, qui nous a conduits à mettre en place un mécanisme de variantes admises : quand deux graphies sont recevables dans une phrase donnée, cliquer sur le mot ne coûte plus rien. Ni faute trouvée, ni faux positif.
- « les voix qu'il avait entendues chanter » là où le complément subit l'action, 37 % (667 joueurs)
- « vu » au lieu de « vues » : 43,1 % puis 43,6 %, à deux dates différentes
- « vue » au lieu de « vu » : 50 % (746 joueurs)
- « faite » au lieu de « fait » devant un infinitif, 49 % (363 joueurs)