« Tout » adverbe : faut-il écrire « tout », « toute » ou « toutes » ?
« Tout » adverbe est invariable, sauf dans un cas, et c'est précisément là que se cache le piège. Nos joueurs se trompent dans les deux sens, ce qui est très instructif.
Un adverbe qui s'accorde, l'exception française
Quand tout signifie « entièrement, complètement », c'est un adverbe. Or les adverbes sont invariables : on écrit elle parle doucement, jamais doucemente. Tout fait exception, pour une raison purement sonore, héritée de l'ancien français.
✘ Elle était toute émue en ouvrant la lettre.
✓ Elle était tout émue en ouvrant la lettre.
« Émue » commence par une voyelle : tout reste invariable.
✓ Elles étaient toutes honteuses de leur retard.
« Honteuses » commence par un h aspiré : l'accord se fait.
✓ Les murs étaient tout blancs.
Au masculin, jamais d’accord, quelle que soit la lettre suivante.
Comment reconnaître l'adverbe
Avant d'appliquer la règle, encore faut-il être sûr que tout est bien adverbe. Le test est simple : remplacez-le par « tout à fait » ou « entièrement ». Si la phrase tient, c'est un adverbe.
✓ Elle est tout étonnée, c'est-à-dire entièrement étonnée.
La substitution fonctionne : adverbe. Dans « toutes les élèves sont là », « toutes » est un déterminant, et il s'accorde normalement.
Ce que révèle la comparaison des deux sens de l'erreur
Nos statistiques disent quelque chose qu'un manuel ne dit pas : les joueurs ne se trompent pas au hasard. Ils sur-appliquent l'accord.
- « toutes émerveillées » au lieu de « tout » : repérée par 20,9 % des joueurs
- « toute autre » au lieu de « tout » : 33,4 %
- à l'inverse, « tout honteuse » au lieu de « toute » : 69,9 %, mesuré deux fois
- autrement dit : l'œil accepte volontiers un accord de trop, mais repère un accord manquant.
C'est un enseignement utile pour progresser : face à un tout devant un adjectif féminin, ne cherchez pas seulement s'il « manque un e ». Demandez-vous d'abord si l'accord a lieu d'être.
Le piège dans le piège
Attention à une ambiguïté que nous évitons désormais dans nos textes : dans « elles étaient toutes émerveillées », la phrase peut se lire de deux façons. Si toutes est le pronom (« toutes, sans exception, étaient émerveillées »), la graphie est correcte. Ce n'est une faute que si l'on veut dire « entièrement émerveillées ». Une phrase qui autorise les deux lectures n'est pas un bon piège, c'est une phrase mal écrite.