Chasse aux Fautes

Conseils d'orthographe

Le participe passé des verbes pronominaux : « elles se sont succédé »

C'est, chiffres à l'appui, le piège numéro un de nos dictées : deux joueurs sur trois laissent passer « elles s'étaient succédées ». La règle tient pourtant en une question.

Une seule question à se poser

Devant un verbe pronominal au passé composé, presque tout le monde applique par réflexe l'accord avec le sujet : elles se sont… donc -ées. Ce réflexe est juste la moitié du temps, et c'est ce qui le rend redoutable.

La règle. Avec un verbe pronominal, le participe s'accorde avec le pronom réfléchi seulement si celui-ci est complément d'objet direct, c'est-à-dire s'il répond à la question « qui ? ». S'il répond à « à qui ? », il est complément d'objet indirect, et le participe reste invariable.

Tout se joue donc sur la construction du verbe. On succède à quelqu'un : le se de « se succéder » répond à « à qui ? », jamais à « qui ? ». D'où l'invariabilité, quel que soit le sujet.

✘ Les averses se sont succédées toute la journée.

✓ Les averses se sont succédé toute la journée.

On succède à quelque chose, pas quelque chose : le pronom est indirect, le participe ne bouge pas.

✓ Les deux sœurs se sont vues dans la glace.

Ici on voit qui ? elles-mêmes. Le pronom est direct et placé avant : l'accord se fait.

La famille des invariables

Les verbes qui se construisent avec à forment une petite famille qu'il vaut la peine de connaître par cœur, car elle revient sans cesse :

  • se succéder (succéder à) : elles se sont succédé
  • se parler, se téléphoner, s'écrire (parler à) : ils se sont parlé
  • se plaire, se déplaire, se complaire (plaire à) : elles se sont plu
  • se nuire, se mentir, se sourire, se ressembler : ils se sont nui

À l'inverse, se voir, se rencontrer, se laver, se blesser répondent à « qui ? » et s'accordent : elles se sont rencontrées.

Le cas particulier des verbes toujours pronominaux

Certains verbes n'existent qu'à la forme pronominale : s'enfuir, s'évanouir, se souvenir, s'apercevoir de. On ne peut pas y analyser le pronom : le participe s'accorde alors simplement avec le sujet.

✓ Elle s'était aperçue de son erreur.

S'apercevoir de : verbe essentiellement pronominal, accord avec le sujet.

Ce que montrent nos parties.32 à 48 %Sur douze apparitions de cette famille dans nos dictées, cumulant plus de 6 500 parties, le taux de repérage n'a jamais dépassé la moitié des joueurs. C'est le plus bas de toutes les familles de fautes que nous suivons.
  • « les averses s'étaient succédées » : repérée par 37,4 % des 382 joueurs (dictée du 21 mai 2026)
  • « les saisons s'étaient succédées » : 32,9 % sur 696 joueurs (27 mai 2026)
  • « elles s'étaient succédées » : 37,2 % sur 759 joueurs (17 juillet 2026)
  • à titre de comparaison, une faute d'accord ordinaire du type « des bâton » est repérée par 98 % des joueurs.

Le débat qu'elle a provoqué

Après la dictée du 17 juillet 2026, plusieurs joueurs nous ont écrit pour contester le barème : puisque le sujet est féminin pluriel, l'accord leur semblait évident. La réponse tient à l'analyse du pronom, et l'Académie française traite précisément ce verbe dans une réponse dédiée. Le raccourci que nous avons donné alors dans le fil de discussion vaut mieux que n'importe quelle règle apprise par cœur : « qui ? » appelle l'accord ; « à qui ? » l'interdit.

Le réflexe. Remplacez l'auxiliaire être par avoir et posez la question. « Elles ont succédé à qui ? » donne un complément indirect, donc pas d'accord. « Elles ont vu qui ? » donne un complément direct placé avant, donc accord.
Pour s'entraîner sur de vrais textes. Ces trois textes contiennent exactement ce piège, avec le corrigé et la règle de chaque faute :