« -er » ou « -é » : infinitif ou participe passé ?
C'est la faute la plus repérée de nos dictées, plus de neuf joueurs sur dix la voient. Raison de plus pour ne jamais la laisser passer.
Le test qui règle 95 % des cas
Les verbes du premier groupe posent un problème unique : leur infinitif (chanter) et leur participe passé (chanté) se prononcent exactement pareil. Le remède est de passer par un verbe où les deux formes s'entendent différemment.
✘ Il faut décoré la salle.
✓ Il faut décorer la salle.
« Il faut vendre » : infinitif, donc -er.
✘ La salle a été décorer.
✓ La salle a été décorée.
« La salle a été vendue » : participe, donc -é (et accord avec le sujet, ici féminin).
Les trois situations où l'infinitif s'impose
- Après une préposition : pour chanter, sans réfléchir, avant de partir.
- Après un autre verbe conjugué : il veut chanter, elle aime marcher, nous allons manger.
- Après un semi-auxiliaire : il faut, on peut, je dois.
Et quand c'est le participe
Le participe apparaît après être ou avoir, ou seul comme adjectif. Attention alors à l'accord, qui devient une seconde question : avec être, on accorde avec le sujet ; avec avoir, on accorde avec le complément d'objet direct s'il précède (voir notre article sur l'accord du participe passé avec « avoir »).
✓ Les guirlandes qu'elle a accrochées.
Participe (elle a vendu), et accord avec « guirlandes » placé avant.
La troisième forme qu'on oublie : « -ez »
Le test de vendre règle l'opposition entre -er et -é. Mais une troisième graphie se prononce presque pareil et vient s'y mêler : la terminaison de la deuxième personne du pluriel.
✘ Vous devez chanté plus fort.
✓ Vous devez chanter plus fort.
Après un verbe conjugué : infinitif.
✘ N'oubliez pas de chantez.
✓ N'oubliez pas de chanter.
Après une préposition : infinitif. Le « -ez » ne s'emploie que pour un verbe conjugué avec « vous ».
Le test se prolonge naturellement : si vous vendez convient, écrivez -ez ; si c'est vendre, écrivez -er ; si c'est vendu, écrivez -é.
Le participe employé seul, comme un adjectif
Un participe passé peut se comporter en adjectif et qualifier directement un nom. Il s'accorde alors avec lui, sans auxiliaire :
✓ Une salle décorée avec goût.
Pas d'auxiliaire, mais un participe adjectif : accord avec « salle ».
✓ Des volets repeints la veille.
Même mécanique au masculin pluriel.
Le cas limite : après « à » et « de »
Une préposition appelle un infinitif, sauf quand elle introduit en réalité un nom : une pièce à louer (infinitif) mais un travail d'orfèvre. Le test de vendre reste le meilleur juge : une pièce à vendre fonctionne, donc infinitif.
- « décoré » pour « décorer » : 97,6 %
- « promené » pour « promener » : 98 %
- « calibré » pour « calibrer » : 98,3 %
Pourquoi si haut, alors que d'autres règles résistent ? Parce que la faute casse la syntaxe de la phrase, pas seulement son orthographe. « Il faut décoré » ne se lit pas : ça bute. Les fautes qui survivent le mieux, à l'inverse, sont celles qui laissent la phrase parfaitement lisible.