« Coûter », « peser », « valoir » : le participe passé s'accorde-t-il ?
C'est le débat qui revient le plus souvent dans nos discussions. La réponse dépend d'une chose : le verbe est-il employé au sens propre ou au sens figuré ?
Deux emplois, deux comportements
Coûter, valoir, peser, mesurer, vivre, courir, marcher appartiennent à une catégorie à part. Employés au sens propre, ils n'ont pas de complément d'objet direct : ce qui les suit est un complément de mesure, qui répond à « combien ? » et non à « quoi ? ».
✓ Les trois cents euros que ce meuble m'a coûté.
Il a coûté combien ? Trois cents euros : complément de mesure, invariable.
✓ Les efforts que ce meuble m'a coûtés.
Il m'a coûté quoi ? Des efforts : COD placé avant, accord.
Le test du « combien ? »
Posez la question au verbe. Si la réponse est un nombre, une durée, un poids, un prix, vous avez un complément de mesure : rien ne bouge. Si la réponse est une chose abstraite, des efforts, des larmes, une réputation, vous avez un COD.
✓ Les kilos qu'il a pesé à sa naissance.
Combien a-t-il pesé ? Des kilos : invariable.
✓ Les arguments qu'il a pesés avant de répondre.
Il a pesé quoi ? Les arguments : accord.
✓ Les vingt années qu'elle a vécu ici.
Combien de temps ? Vingt ans : invariable.
✓ Les épreuves qu'elle a vécues.
Elle a vécu quoi ? Des épreuves : accord.
Toute la famille des verbes de mesure
Le même raisonnement s'applique à une série de verbes qui, au sens propre, ne régissent qu'un complément de mesure :
- coûter, valoir, peser, mesurer : prix, poids, dimension
- vivre, durer, régner, dormir : durée
- courir, marcher : distance
✓ Les quarante années qu'il a régné.
Combien de temps ? Quarante ans : invariable.
✓ Les dangers qu'il a courus.
Il a couru quoi ? Des dangers : COD, donc accord. Le sens figuré fait toute la différence.
✓ Les kilomètres qu'elle a couru.
Combien ? Des kilomètres : invariable.
Courir illustre parfaitement la bascule : on court des kilomètres (mesure, invariable) mais on court des risques (objet, accord).
Le cas qui divise : « les heures que la cuisson a duré »
Durer suit la même logique, mais avec une nuance : il n'a pas d'emploi figuré transitif. Son participe est donc toujours invariable. On écrit les heures que la cuisson a duré, jamais durées.
Cette famille a fait l'objet de plusieurs contestations sur nos dictées, et elles étaient légitimes : la frontière entre les deux emplois n'est pas toujours franche. Les efforts que cela m'a coûtés et la somme que cela m'a coûté se ressemblent beaucoup à l'œil. C'est bien pourquoi ce piège figure parmi nos préférés.