Chasse aux Fautes

Conseils d'orthographe

« Au temps pour moi » ou « autant pour moi » ?

C'est l'une des questions qui revient le plus souvent : faut-il écrire « au temps pour moi » ou « autant pour moi » quand on reconnaît son erreur ?

La forme de référence

La règle. La forme retenue par l'Académie française est « au temps pour moi ». On l'emploie pour reconnaître son erreur et signifier qu'on reprend depuis le début.

L'expression vient du vocabulaire militaire, et par extension musical : le commandement « au temps ! » ordonne de reprendre un mouvement à son début, parce qu'un temps a été mal exécuté. Reconnaître son erreur revient donc à dire qu'on refait le geste depuis le bon temps.

✘ Autant pour moi, je m'étais trompé de date.

✓ Au temps pour moi, je m'étais trompé de date.

Pourquoi l'autre graphie s'est installée

« Autant pour moi » est extrêmement répandu, et pour une raison compréhensible : l'origine militaire s'est perdue, et la graphie avec autant semble faire sens (« j'en prends autant à mon compte »). Certains ouvrages la tolèrent au nom de l'usage. L'Académie note pour sa part que rien ne la justifie.

Dans un texte soigné, une correspondance professionnelle ou une dictée, retenez « au temps pour moi ».

Une graphie discutée, et il faut le dire

Il serait malhonnête de présenter ce point comme tranché sans nuance. Plusieurs linguistes contestent l'explication militaire, qu'ils jugent reconstruite après coup : on ne trouve pas d'attestation ancienne de la formule dans ce sens, et certains y voient plutôt un calque de l'italien ou une simple graphie savante plaquée sur un usage oral.

Ce débat existe, et il est légitime. Mais pour un texte soigné, une correspondance professionnelle ou une dictée, la position de l'Académie fait référence. C'est pourquoi nous retenons « au temps pour moi » : sans jamais compter « autant pour moi » comme une faute dans un commentaire de joueur : la langue courante l'admet largement.

Les expressions voisines, souvent mal orthographiées

Autant reste le mot juste dans une longue série de tournures, où il exprime une quantité ou une comparaison :

  • autant que possible, pour autant que je sache
  • d'autant plus que, d'autant mieux que
  • autant dire que : « autant dire qu'il ne viendra pas »
  • pour autant : « il n'a pas renoncé pour autant »

Et au temps se retrouve, lui, dans au temps où (à l'époque où), en son temps, de tout temps. Le sens tranche à chaque fois : quantité ou comparaison, c'est autant ; moment ou époque, c'est au temps.

Trois autres formules d'excuse malmenées

✘ Je m'excuse pour le retard.

✓ Veuillez m'excuser pour ce retard.

On ne peut pas s'excuser soi-même : on demande à l'autre de nous excuser.

✘ Désolé pour le désagrément occasionné par notre part.

✓ Désolé pour le désagrément occasionné de notre fait.

« De notre part » introduit un message, pas une cause.

✘ Suite à une erreur de ma part…

✓ À la suite d'une erreur de ma part…

« Suite à » est courant mais critiqué dans l'écrit soigné ; « à la suite de » ne se discute pas.

Le réflexe. Pensez au commandement militaire qu'on relance : « au temps ! ». Le t de « temps » vous reviendra.